Voyage à vélo au Burkina Faso

Après deux ans de voyage en bateau je suis un peu frustré par le manque de contact avec les populations locales des pays visités. De belles rencontres avec d'autres navigateurs, mais peu (hors business) avec les habitants de toutes ces iles..

Je choisis d'aller faire un tour à vélo au Burkina-Faso. Le Burkina-Faso est un petit pays ( à vélo on aime bien les petites distance), francophone (agréable pour les contacts), peu touristique, relativement calme ( je n'ai pas envie de jouer aux héros), de plus les burkinabe utilisent beaucoup le vélo dans leurs déplacements quotidiens. Le nom Ouagadougou me fait rêver depuis 40 ans.

Personne ne voulant m'accompagner, je pars seul... Toujours le stress du départ (comme avant de larguer les amarres...).

J'emmène avec moi mes sacoches de vélo, un porte bagage, un compteur de vélo ... Je pense m'acheter un vélo sur place. J'ai aussi tente et duvet dans le cas où j'aurai des problèmes de logement.

Arrivé à Ouagadougou, je retrouve le choc des couleurs, des bruits, des odeurs, de la vie/survie partout dans la rue, les marchés. La chambre d'hôte est dans un quartier populaire, sans touriste. très agréable. Le premier jour c'est la recherche d'un vélo à acheter. Il y a beaucoup de marchands de vélo, mais ils proposent tous la même gamme de vélo chinois qui ne semblent pas adaptés à mon programme (vélo chargé et voyage sur les pistes). Par coup de chance , le soir à la chambre d'hôte je rencontre Lasso, un burkinabé de Bobo, qui me propose de me faire expédier par son frère un vélo que leur a laissé un blanc qui voyageai t à vélo en Afrique. Effectivement le lendemain je vais à une gare routière récupérer un superbe vélo type VTT avec suspension avant et arrière, fabriqué pour Décathlon. Je passe chez un soudeur pour installer mon porte bagage, j'installe le compteur, la gourde, ma sacoche avant.

Je profite des quelques jours passés à Ouagadougou, pour me promener (à pied ou à vélo), me fondre dans la foule des marchés des quartiers périphériques, aller faire la causette avec les paysans maraichers qui arrosent leurs terres avec l'eau des puits près des barrages, jouer au scrabble assis sur un bidon dans la rue, boire une bière bien fraiche au "maquis" du quartier, discuter avortement à la buvette, regarder un match de football de la coupe d'Afrique des Nations autour d'un poste de télévision posé sur le trottoir devant une échoppe, parcourir les six mètres (rues) du quatier ....

Partout (sauf près du grand marché), l'accueil est agréable, sourire, conversation spontanée.

En raison de risques dus à l'AQMI, la zone sahel du pays est déconseillée aux voyageurs, je choisis donc un itinéraire vers le sud-ouest.

Après trois jours passés à Ouagadougou, il faut s'arracher du confort et du super accueil de la chambre d'hôte, charger les sacoches sur le vélo, vérifier que rien n'est oublié et se lancer dans l'inconnu de la route....

Dès le départ, au petit matin, je suis pris dans le flot des deux roues de Ouagadougou et je prends mes repaires dans cette circulation dense, polluée qui a ses règles spécifiques (en particulier le plus lourd a priorité).

Cela va être près de quatre semaines de nomadisme, où chaque matin je refais mes bagages pour voir ce qu'il y a plus loin. Comme me l'écrivait Martine c'est l'utopie qui nous fait avancer, pour le marin son utopie est l'ile paradisiaque qu'il cherche à chaque escale, pour le cycliste elle est cet endroit idéal où il déposerait définitevement son sac...

Je comprends vite que je ne peux pas pédaler après midi en raison de la chaleur. Je commence donc au tout lever du jour vers 6h30. Avant de prendre la route c'est généralement à la nuit que je quitte mon logement. C'est le moment ou des femmes installent leur feu et font cuire les beignets pour les enfants allant à l'école ou les travailleurs partant aux champs. J'y achète deux trois beignets et trouve souvent un vendeur de Nescafé pour mon petit déjeuner. Puis c'est l'heure idéale pour démarrer, les premières lueurs du jour puis les premiers rayons du soleil donnent de jolies couleurs changeantes à la savane et à la piste et des ombres qui révèlent le relief de la végétation. C'est aussi l'occasion de partager quelques kilomètres de piste avec les collégiens et lycéens rejoignant leurs écoles sur des vélos grinçant, tressautant. Petites conversations tout en pédalant. Ensuite c'est les rencontres avec les femmes allant chercher du bois, de l'eau ou travailler aux champs, à pied ou à vélo, très souvent avec le dernier né dans le dos. Le matin des grands marchés c'est un flot continu sur une quinzaine de kms de femmes portant bois, vannerie, ou mil sur la tête. Elles sont bien habillées (jolis pagnes, quelques bijoux) et profitent de ces heures de marche pour discuter entre elles. Un matin c'est 3 générations d'homme d'une famille se rendant à vélo demander en mariage une fille, le dernier avec une chèvre vivante sur le porte bagage. Ils sont contents et me hèlent avec beaucoup de joie. Près de Diebougou en pays très animiste, c'est un homme et une femme se rendant à l'initiation, vêtus d'un simple pagne sur les hanches, le corps recouvert d'une pâte blanche, portant un fétiche, suivis par deux femmes avec sur la tête deux grands paniers contenant les affaires des initiés qui vont aller vivre un mois en forêt. Quand je croise tous ces gens soit sur le bord de la piste soit dans les villages, c'est toujours des sourires. Chez les femmes et les enfants, souvent d'abord une hésitation, puis quand je dis bonjour, alors c'est grands sourires et grands "Et chez vous ça va?". Une fois une fillette sur son vélo, en me voyant arriver, a eu peur (jamais vu de blanc?). Elle a laissé tomber son vélo et est partie en courant. Il faut dire que je ne passe pas inaperçu : un blanc à vélo, avec de grosses sacoches, c'est en général du jamais vu... Je m'arrête assez souvent dans les villages, près des concessions, souvent hélés par des hommes assis sous un bel arbre et buvant le dolo. Le dolo est la bière de mil, préparée (et vendue) par les femmes dans 3 grandes poteries sur un foyer. Il est servi uniquement dans des calebasses. Le matin peu alcoolisé, le soir un peu plus. Cela me permet de me désaltérer sans risque de microbes. Dans le sud, on ne trouve pas de dolo, mais du bangui qui est du vin de palme fabriqué par les hommes. J'en ai bu aussi beaucoup.

J'ai visité beaucoup de marchés, depuis les plus simples avec juste des légumes, céréales sous des abris en paille contre le soleil, à des marchés en dur (voutes à la Gaudi à Koudougou) où l'on trouve de tout (poteries, quincaillerie, droguerie, vanneries, divers artisans). C'est toujours beaucoup de monde, de la couleur, du bruit des odeurs, l'occasion de saluer des connaissances, de faire causette, de flaner. Tous les étales de légumes, de fruits de poissons séchés sont tenus par les femmes, les hommes s'occupant de la viande et du reste. Dans les marchés j'achète des fruits bananes , oranges, peu souvent des mangues (pas encore la saison), des biscuits. A Koudougou je me fais faire une chemise en pagne.

Près de Boromo, je prends une mauvaise piste pour aller au campement de Kaicedra pour tacher de voir des éléphants. Avec un guide nous marchons 2 heures avant d'entendre le bruit de branches cassés, les éléphants ne sont pas loin, nous apercevons les dos gris de deux jeunes et de leur mère, nous les suivons en jouant à cache cahe avec eux, jusqu'à la rivière, où nous les surprenons dans l'eau. Très belles images de ces bêtes avec la lumière rasante du soleil très bas. En revenant au campement c'est un troupeau d'une dizaine qui nous surprend. A deux reprises nous avons à courir, quand le vieux male du troupeau fait mine de nous charger. Ces éléphants ne sont pas aimés des populations locales, car ils peuvent piétiner leurs plantations. Dans ce campement j'aperçois un singe et je me régale des cris des oiseaux, le soir, la nuit et au lever du jour. Une vraie symphonie dans laquelle les instruments se répondent les uns aux autres... (Pour beaucoup de burkinabe l'un des dangers qui me guettent pour ce voyage à vélo est celui des bêtes sauvages, en fait à part les éléphants que j'aurais pu croiser à vélo dans cette région -il y avait des traces sur la piste empruntée-, les crocodiles et les hippopotames dans les lacs, je n'en ai pas vues.)

J'ai beaucoup aimé les concessions (habitation d'une famille) clôturées ou ouvertes, à case rondes ou carrées suivant l'ethnie, avec les greniers séparés ou inclus dans la construction; les toits pointus en paille ou en terrasse avec les échelles sculptées dans des branches d'arbre; les poteries utilisées pour stocker l'eau, le dolo et autres; les fétiches à l'entrée, sur les toits , devant des arbres; les tombes des ancêtres sur lesquelles les enfants jouent; les grands arbres (souvent des manguiers) à proximité sous lesquels les femmes pilent le mil à plusieurs pour se donner du courage. Au fur et à mesure des kilomètres passés, on sent des changements surtout au niveau de l'habitat. Pays Mossi cases rondes et greniers séparés, pays Lobi habitation unique compartimentée en pièces (une pour chaque femme, une pour les instruments de musique etc), pays Dan cases carrées pour les hommes, cases rondes pour les femmes ....

Le Burkina Faso est un pays très plat, un peu monotone. Le sud Ouest est la région de la savane. De très beaux arbres : Baobab, Kapokier, Kaicedra, Manguiers. Il faut plusieurs centaines de kilomètres après Ouaga pour apercevoir quelques collines. Dans le sud, quelques formations rocheuses (domes de Banfora, pics de Sindou) rompent la monotonie et offrent de jolis points de vue. Les belles couleurs de la savane au lever et au coucher du soleil me rappellent les films et documentaires sur l'afrique. C'est la saison sèche, on aperçoit partout les traces des cultures pratiquées à la saison des pluies. Le moindre metre carré est exploité. Il y a beaucoup de champs de coton. Le coton a été ramassé en fin d'année. D'énormes tas attendent encore le camion pour être exporté via les port d'Abidjan, ou de Cotonou. Les hommes travaillent sur ces tas de coton pour en faire des ballots. Ces gros tas sont d'une blancheur immaculée, ils font penser à de la neige...

A cette saison, il y a peu de travail dans les champs, sauf dans les zones où on peut arroser des cultures vivrières. Beaucoup d'hommes sont donc inoccupés. Par contre les femmes elles n'arrêtent pas ... aller checher de l'eau au puits, moudre les grains, aller chercher le bois, faire la cuisine .... et tout cela avec en général un enfant dans le dos.

Quelques panneaux contre le Sida et l'excision rappellent ces maux dont souffrent la population. La pauvreté est ici bien visible: pas d'eau courante, pas d'électricité, haillons, enfants pieds nus, ventres ballonnés d'enfants malnutris, pas de lunettes de vue, mendicité des petits talibe dans les villes.

Si par ses paysages le Burkina Faso n'est pas extraordinaire, il l'est par sa population. De ce voyage je retiendrai toujours les sourires, l'humanité et l'accueil chaleureux de ces burkinabe qui n'ont rien et donnent tout. Je retiendrai ce que m'a dit Paul, un gardien de nuit d'un tout petit hôtel, un homme sans instruction qui dort toutes les nuits dehors sur une chaise et n'est jamais sorti à plus de 20 km du village : "continue ces voyages, ils apprennent à ton coeur beaucoup de choses que l'école n'a pu t'apprendre" ......

Côté pratique:

Pour le logement je n'ai jamais eu de problème : maison d'hôte à Ouagadougou, ailleurs petits hôtels (certains vraiment très sommaires, je mets la tente sur le lit pour me servir de moustiquaire et me protéger d'une literie douteuse), mission catholique, chez les bonnes soeurs, chez le chef de village, ou dans un bureau désaffecté de la mairie. J'e n'ai utilisé la tente en extérieur qu'une seule nuit ... Douche tous les soirs, en général un seau. Pour la nourriture, essentiellement du riz, ou du couscous pour changer du riz, servi dans des petits restaurants ou acheté dans la rue. On achète la viande grillée (chèvre, mouton, poulet, zébu) à part. J'ai mangé de très bonnes soupes de poisson. En dehors des villes, l'usage de la fourchette est réservé aux visiteurs, quant au couteau : inexistant! Pour la boisson, c'était eau en bouteille quand je pouvais. mais il est plus facile de trouver de la bière en bouteille. Quelques cachets dans l'eau douteuse, sinon bière et dolo ou bangui. J'ai crevé trois fois, toujours réparé par un réparateur de vélo. J'ai cassé deux roulements, même dans le plus petit village, j'ai pu me faire dépanner. (les burkinabe utilisent beaucoup le vélo comme moyen de locomotion). Il y a même des laveurs de vélos et motos (il faut dire que sur les pistes tout se salit, et les pignons et chaines n'aiment pas bien) J'ai surtout roulé sur les pistes. elles sont en bon état à cette saison, et il y a très peu de circulation alors que sur les rares routes en goudron les camions et bus roulent vite. Je roulais assez peu. En début de séjour des étapes de 85km en moyenne, ensuite en raison de la chaleur 65 km me suffisaient. A Bobo Dioulasso, j'ai rendu le vélo à son propriétaire qui n'a pas accepté que je l'indemnise, même pour lui rembourser le prix du transport du vélo par car !

Quelques photos
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Sur la piste.
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Une jolie vanneuse
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Chauffeur de poids lourd en panne attendant depuis 2 jours la dépanneuse!
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Rue à Ouagadougou
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A Ouagadougou
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Soudure pour fixer le porte-bagage
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Dans un petit village, le Nescafé du matin
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Les beignets du petit déjeuner
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Atelier de vélo où je fais changer un roulement.
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Autre vélo
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Vers le marché
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Encore vers le marché
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musicos2.jpg Les musiciens qui s'en reviennent de funérailles
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Un nounours dans le dos. Un des rares jouets d'enfants que j'ai vu.
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Ramassage d'oignons, sur les terres qui peuvent être arrosées
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Pause dolo (bière de mil)
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Pilage à trois pour se donner du courage.
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Pintades, cochons et chèvres...
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Poteries
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Au puits
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Réparation des sacoches
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Salle de cinéma dans un village de chercheur d'or. Tout au solaire..
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Lutte contre le Sida dans un village du sud ouest
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La soupe de poisson: excellente
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La station essence
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Ici pas de risque de renontrer voitures et camions...
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Sur le dos d'un croco assoupi
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Taxi brousse, transport multimodal
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Sur les toits d'une case Lobi
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Le chef de village
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La vannerie
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La décharge au centre ville de Boromo.
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La sieste
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Femme enceinte se rendant chez le médecin
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Le balafon des enfants en pays Lobi
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Un zébu sur les champs qui seront cultivés à la prochaine saison des pluies
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Les hommes constituent les ballots de coton
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Baobab dans le village
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Les greniers
Eventage.jpg Eventage, cochons et poules en profitent
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Après 3 heures de cache cache on retrouve les éléphants dans la rivière
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Enfants du Burkina
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Après une heure de pause, la famille Lobi me dit au revoir
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Les femmes du Burkina